Rechercher dans ce blog

jeudi 20 décembre 2012

Vers des institutions garantes de la croissance et du développement au Gabon (1ère partie)



La démarche vers l’organisation de la Conférence nationale souveraine (CNS) en cours au Gabon nous interpelle comme citoyen responsable et soucieux du développement de notre pays et du bien-être de tous les Gabonais.


Cette démarche est une occasion unique d’apporter des pistes de réflexions sur un certain nombre de sujets importants pour l’avenir du Gabon. Après avoir abordé les thèmes du développement local par la participation citoyenne ainsi que de l’organisation d’un comité citoyen pour rédiger une nouvelle Constitution, le troisième sujet qui nous inspire dans le présent texte concerne les institutions. 

En effet, comme les membres de la Société civile, notamment à travers le mouvement «Ça Suffit Comme Ça», l’ont souvent mentionné dans leurs discours (notamment les 13 propositions pour un réel changement au Gabon), il y a un urgent besoin au Gabon de revoir de fond en comble le rôle des institutions. C’est un message qui semble à priori purement politique. Et pourtant, le rôle des institutions est fondamental dans la croissance et le développement d’une nation. Le présent article tentera d’éclairer le lecteur sur le pourquoi d’une telle assertion, en s’appuyant principalement sur une recherche approfondie menée récemment par les chercheurs Daron Acemoglu et James Robison, provenant respectivement des très prestigieuses institutions d’enseignement que sont le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et l’Université Harvard.

Comme nous le verrons, dans la définition de nouvelles institutions et/ou la réforme des institutions existantes qui peuvent émerger de la CNS, il s’agira de ne plus voir les institutions comme de simples symboles politiques et/ou de création de postes pour caser des amis du pouvoir (des coquilles vides), il faudra les concevoir comme étant partie prenante, ou mieux, des éléments fondamentaux de toute stratégie de croissance et de développement à long terme qui se veut crédible, soutenue, réaliste et visant réellement à sortir le Gabon de la liste des pays ayant les syndromes des institutions dysfonctionnelles.

Le rôle des institutions dans la croissance et le développement des nations
Sans doute, parmi les questions fondamentales les plus discutées en sciences sociales, on retrouve les causes des différences de croissance et de développement économiques entre les nations. Pourquoi certains pays sont plus pauvres que d’autres? Pourquoi certains pays arrivent à produire de la croissance économique pendant que d’autres stagnent? Que peut-il être fait pour induire (favoriser) la croissance économique et améliorer le niveau (les conditions) de vie dans une société?

Les économistes ont longtemps reconnu que la production nationale per capita dans une société est intimement reliée la quantité de capital humain, de capital physique et de technologie à laquelle les travailleurs et les entreprises ont accès dans un pays. De même, la croissance économique est reliée à l’habileté pour une société d’augmenter son capital humain, son capital physique et d’améliorer sa technologie.

 Dans ce contexte, la technologie est vue dans son sens large. Ainsi, les différences technologiques se réfèrent non seulement aux différences dans les techniques disponibles pour les entreprises, mais aussi dans les différences à même l’organisation de la production; ce qui veut dire que certains pays auront la capacité d’utiliser leurs ressources plus efficacement ou de façon plus efficiente. Néanmoins, les différences dans le capital humain, le capital physique et la technologie ne sont que des causes approximatives dans le sens où elles posent une autre question qui est de savoir pourquoi certains pays ont peu de capital humain, de capital physique et de technologie et utilisent mal leurs facteurs de production et occasions de développement qui se présentent à eux?

Afin de développer des réponses plus satisfaisantes à ces questions sur le pourquoi certains pays sont plus riches que d’autres et pourquoi certains pays croissent plus rapidement que d’autres, il est important, selon les chercheurs du MIT et de Harvard, de rechercher les causes fondamentales qui pourraient sous-tendre ces différences dites approximatives entre les pays. C’est seulement en comprenant ces causes fondamentales qu’on peut élaborer un cadre de formulation des recommandations de politiques publiques qui vont au-delà de ces platitudes (exemple, comme on l’entend souvent dire : «améliorez votre technologie pour générer la croissance») et qui également minimisent le risque de conséquences négatives imprévues.

L’étude du MIT et de l’Université de Harvard soutient donc que, toutes choses étant égales par ailleurs, les institutions sont la cause fondamentale des différences dans la croissance et le développement économiques entre les pays et, ainsi, il est possible de développer un cadre cohérent permettant de comprendre pourquoi et comment les institutions diffèrent entre les pays, et comment elles changent. Une analyse des institutions permet d’identifier un certain nombre d'indicateurs sur les types d'arrangements institutionnels et sociaux qui sont susceptibles de constituer des obstacles à la croissance ou qui peuvent conduire à des conséquences négatives imprévues. Dans cette perspective, dans la mise en place des politiques publiques, il est important de bien comprendre les «syndromes de dysfonctionnement institutionnel» ainsi que les causes potentielles d’échecs des réformes institutionnelles.

Qu’entend-on par «institutions»?

Selon l’économiste américain, et prix Nobel, Douglas North, on peut définir les institutions comme «des règles du jeu dans une société ou, plus formellement, comme des contraintes humainement conçues qui façonnent l’interaction humaine». Trois composantes importantes sont apparentes dans cette définition : 

1) elles sont «humainement conçues», ce qui contraste avec d’autres causes fondamentales comme les facteurs géographiques qui ne sont pas intrinsèquement sous le contrôle de l’être humain; 

2) elles sont «les règles du jeu» qui établissent les contraintes sur les comportements humains; 

3) leur impact majeur se fait sentir à travers des incitatifs.

La notion selon laquelle les incitatifs sont importants est une seconde nature chez les économistes, et les institutions, si elles sont un déterminant clé des incitatifs, devraient donc avoir un impact majeur sur les résultats économiques, notamment le développement économique, la croissance, les inégalités et la pauvreté.

 Mais est-ce le cas? 

Les institutions sont-elles des déterminants clés des résultats économiques ou des arrangements plutôt secondaires qui répondraient à d’autres facteurs qui seraient plus déterminants, comme les déterminants géographiques ou culturels des interactions humaines et économiques?

L’étude des chercheurs du MIT et de Harvard a donc permis de procéder à une recherche empirique pour tender de répondre à ces questions. Leur recherche sur les institutions a tenté en définitive d'identifier les spécificités institutionnelles qui sont responsables des résultats économiques dans des situations spécifiques (exemple : effet des institutions juridiques sur les types de contrats des entreprises). 

Une définition un peu plus large des institutions a été utilisée; une qui incorpore, en plus de celle de Douglas North, différents aspects de l’organisation économique, sociale, politique d’une société. Selon une telle définition, les institutions diffèrent des sociétés par leurs méthodes formelles de prise de décision collective (exemple : démocratie versus dictature) ou parce qu’elles ont une vocation économique (sécurisation des droits de propriété, barrière à l’entrée pour le commerce, l’ensemble des contrats disponibles pour les gens d’affaires, etc.).

 Elles peuvent aussi différer des sociétés parce qu’on s’attend à ce qu’un ensemble donné d’institutions formelles fonctionnent différemment dans deux sociétés différentes; par exemple, les institutions peuvent différer pour deux sociétés démocratiques parce que la distribution du pouvoir politique repose sur différents groupes sociaux ou différentes classes sociales, ou parce que dans une société, la démocratie est sur le bord de l’effondrement alors que dans l’autre, elle est dans une phase de consolidation.

À moins de s’évertuer à bien comprendre le rôle spécifique que jouent les institutions pour la croissance et le développement, on risque de se doter d’institutions dysfonctionnelles qui ont des conséquences négatives pour le développement d’une nation.
Dans le prochain article : l’impact des institutions sur la croissance et le développement et les syndromes des institutions dysfonctionnelles.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire