Rechercher dans ce blog

jeudi 20 décembre 2012

LES DOSSIERS DE LA CONFÉRENCE NATIONALE SOUVERAINE: FAIRE RECULER LA PEUR D'ÊTRE LIBRE !

 
 
Alors que se poursuivent les inscriptions des citoyens sur les listes ouvertes pour la Conférence Nationale Souveraine; alors que le nombre d'inscrits a dépassé le chiffre des 4000, ce qui est non négligeable; tout observateur devrait néanmoins ne pas manquer de remarquer une certaine hésitation de la part de bien de gabonais qui pourtant disent à qui veut l'entendre, qu'ils sont désireux du changement. Il semble que ces gabonais soient désireux du changement sauf quand ce changement se met à leur portée; à ce moment-là, ces compatriotes se tétanisent et agissent comme s'ils hésitaient à franchir la dernière haie, comme s'ils avaient ultimement peur d'être libres.

Si on a vu les gabonais libres de la société civile et les partis politiques de l'UFA prendre les devants et se prononcer clairement pour la Conférence nationale Souveraine (CNS), qu'en est-il des autres composantes de la scène sociopolitique du Gabon? Ces composantes se disent aussi insatisfaites du statu quo, alors pourquoi tergiverser? Quelle solution proposent-elles si la CNS n'est pas leur souhait de dénouement? Devant cette ambivalence, ce blog en vient à conclure que ces compatriotes ont simplement trop peur d’être libres. Pourtant, ils ont la capacité d’être libres, de se dépêtrer; mais ils ignorent leur potentiel. Ces compatriotes se sous-estiment et n’ont pas confiance en eux-mêmes. Toutefois des compatriotes comme Marc Ona Essangui et d'autres sont en train de montrer par l'exemple que le moment est venu pour les gabonais d’avoir confiance en eux-mêmes et de prendre leur destin en main. Les philosophes disent que pour être libre, il ne faut pas avoir peur. A sa sortie de résidence surveillée en novembre 2010, le chef de file de l'opposition birmane, Aung San Suu Kyi, avait appelé son peuple à se libérer de la peur dans les termes suivants: "Sans les droits de l'Homme, sans que le peuple ne soit libéré de la peur, un système démocratique ne peut pas être établi et développé". Par cette déclaration, elle aurait très bien pu s'adresser au peuple gabonais.

Mais d'où vient cette peur dont souffrent les gabonais? De 45 ans de totalitarisme qui les ont soumis au spectacle répétitif d'élections de la plus haute importance qui sont truquées de manière flagrante, honteuse et scandaleuse, sans que personne ne bronche de manière significative; au spectacle de citoyens régulièrement harcelés, brimés, arrêtés, emprisonnés, sans que nul ne s’en inquiète vraiment; du spectacle des violations répétées de la constitution avec la complaisance narquoise de ceux qui sont sensés veiller à son application: la Cour Constitutionnelle; au spectacle d'une justice mise au pas; des médias muselés; des deniers publics détournés avec aplomb; au spectacle du patrimoine national et territorial dilapidé; au spectacle d'une corruption érigée en système de gouvernance; au spectacle d'une jeunesse laissée pour compte. Voilà le tableau qu’offre le régime Bongo après pratiquement cinquante ans de gouvernance. Alors, la résultante de ce demi-siècle de terreur est que beaucoup dans la population ont peur d'oser assumer leur désir de liberté. Comment pourrait-il en être autrement quand on est Guidé, surveillé, conditionné, rappelé à l’ordre et à la discipline au moindre écart, soumis à des règles arbitraires tout au long du cycle éducatif? On finit malheureusement à s'adapter aux modes de fonctionnement pour lequel on a été préparé et il y a forcément une incidence sur la façon dont on se perçoit. Alors on se réfère et on s'en remet à l'autorité et l’esprit de révolte s’émousse, puis finit par s’éteindre totalement. A ce point, l’idée même de liberté devient étrangère car on estime avoir désormais tellement à perdre en remettant en cause les certitudes et parfois les positions sociales et l’idée même de penser une fraction de seconde se libérer de cette condition pourtant pénible, semble insupportable. Nous pensons que bien des gabonais en sont à ce point et vivent dans le situationnisme.

C’est pourquoi le travail que fait la société civile libre, la voie proposée par ce groupe de gabonais audacieux et ayant vaincu la peur, en demandant la CNS, est l'un des plus grands services que l'on pourrait rendre au Gabonais et au Gabon; car invitant chacun à s'évaluer et trouver réponse à la question de savoir si oui ou non, on est prêt à assumer sa liberté? C'est la question fondamentale de la CNS. C'est une question des plus dures, car sa réponse est trop simple et se résume en un oui ou un non; mais paradoxalement, y répondre n’est pas à la portée de tout le monde. Y répondre par l'affirmative demande d’oublier tout son conditionnement (est-ce seulement possible?) et de ne se remettre qu'à soit même. Combien de Gabonais sont prêts à entreprendre réellement cette démarche? Pour l'instant, plus de 4000 et les inscriptions continuent!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire